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Les antioxydants dans la tourmente : le Dr Marvin Edeas fait le point

Date

04/07/2009

Le terme de « radicaux libres » est-il approprié ? Quel est le rôle de la mitochondrie dans le stress oxydatif ? Quelles sont les raisons de la variabilité de l’efficacité des antioxydants ? Quels sont les critères de choix des antioxydants ? réponses par le Dr Marvin Edeas, président de la Société Française d’Antioxydants*.

Le terme de « radicaux libres » est-il approprié ? Quel est le rôle de la mitochondrie dans le stress oxydatif ? Quelles sont les raisons de la variabilité de l’efficacité des antioxydants ? Quels sont les critères de choix des antioxydants ? réponses par le Dr Marvin Edeas, président de la Société Française d’Antioxydants*.

 

 

 

Pour conclure, la SFA conseille aux consommateurs de faire un bilan de stress oxydatif dans un laboratoire d’analyse médicale pour vérifier si effectivement une carence en antioxydant existe chez le consommateur et si cette carence peut être rectifiée par des antioxydants.

Je suis content que des antioxydants de qualité soient sur le marché actuellement ; les laboratoires ont fait un effort important en terme de matières premières, de formulation et d’études cliniques importantes.

 

* Le Dr Marvin Edeas est professeur d’Université, président de la SFA et Directeur de l’« European Antioxidants Task Force ».

 

Pour quelles raisons le terme de « radicaux libres » s’avère-t-il restrictif ?

La Société Française des Antioxydants souhaite alerter les scientifiques et les industriels sur le fait que le terme « radicaux libres » n’est pas exact : il convient de parler « d’espèces réactives de l’oxygène (ERO) ou de l’azote ». En effet, par exemple, le peroxyde d’hydrogène et l’oxygène singulet sont des composés très toxiques alors qu’ils ne sont en aucun cas des radicaux libres. A l’opposé, le radical NO (monoxyde d’azote) joue un rôle primordial dans de nombreux processus physiologiques tels que la vasodilatation et la neurotransmission : c’est un composé vital ; l’éliminer est grave. De ce fait, il est surprenant que certains laboratoires, commercialisant en particulier des compléments alimentaires et des produits cosmétiques, continuent à utiliser le terme « anti-radicaux libres »…

 

Les espèces réactives de l’oxygène (ERO) sont-elles toujours toxiques ?

Non. Il convient de rappeler que, contrairement à certaines idées reçues, les espèces réactives ne sont pas uniquement produites en réponse à un stress (pollution, fumée de tabac, fibres d’amiante, ultraviolets, pesticides…), mais également produites naturellement par l’organisme au cours de processus biologiques comme la réponse immunitaire. Dans ce cas, elles constituent un mécanisme de défense contre les cellules malades ou les micro-organismes. Les espèces réactives sont également produites dans la mitochondrie au cours de la respiration cellulaire pour fournir l’énergie nécessaire à la machinerie cellulaire.

 

Pourquoi accordez-vous une importance particulière à la mitochondrie et en quoi la mitochondrie constitue-t-elle une cible pour les thérapies futures ?

Le taux d’espèces réactives est rigoureusement contrôlé dans la cellule par les antioxydants. Toutefois, lorsque l’équilibre est rompu en faveur des espèces réactives suite à un dysfonctionnement de la mitochondrie, se produit un stress oxydatif entraînant des dommages cellulaires à l’origine de nombreuses pathologies telles que le cancer, l’obésité, le diabète, l’insuffisance rénale ou les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson…). De ce fait, le Comité Scientifique de la Société Française des Antioxydants accorde une importance particulière à cette petite usine intracellulaire responsable de la production d’énergie qu’est la mitochondrie.

Les espèces réactives sont capables, en altérant la structure des protéines, de modifier leur structure et finalement d’inhiber leur activité. Dans le diabète par exemple, la superoxyde dismutase ainsi inactivée est incapable d’assurer son rôle d’enzyme antioxydante : le stress oxydatif est alors amplifié et les dommages cellulaires sont accélérés.

De même, la production excessive d’espèces réactives au cours de la réaction inflammatoire responsable de l’arthrite, en stimulant la production de cytokines pro-inflammatoires, conduit les cellules à entrer dans un cercle vicieux : les cytokines inflammatoires génèrent des ERO qui à leur tour activent la production de cytokines, entraînant à terme la mort cellulaire.

 

 

 

Pourquoi le sélénium, le zinc ou le cuivre ne sont-ils pas des antioxydants ?

Il ne faut pas confondre oligo-éléments et antioxydants. En effet, le sélénium ou le zinc ne sont pas considérés comme des antioxydants à proprement parler mais ils contribuent aux défenses antioxydantes de l’organisme. Ils restreignent les agressions oxydantes et l’exposition aux UV, en renforçant, par exemple, l’activité de certaines enzymes telles que la superoxyde dismutase (SOD) et la glutathion peroxydase (GPX).

 

Quelles sont les perspectives d’utilisation des antioxydants ?

J’accorde une importance particulière à la mitochondrie. Je tiens à souligner qu’il faut renforcer la défense antioxydante cellulaire par plusieurs voies : en diminuant le stress oxydatif, conséquence de l’altération de la mitochondrie ; en renforçant la défense des mitochondries et en limitant leur altération par l’administration d’antioxydants spécifiques telle que l’acide lipoïque, le co-enzyme Q10, la SOD, la vitamine B2 ; en rétablissant l’équilibre redox cellulaire.

Il faut que les mitochondries assurent leur rôle primordial efficacement, dans un milieu cellulaire sans stress oxydatif agressif. Si nous arrivons à faire fonctionner les mitochondries correctement, je suis certain que nous allons avancer dans la thérapie contre des pathologies chroniques très lourdes comme l’infection par le VIH, le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Je précise que les antioxydants ne sont pas des médicaments magiques, mais il faut les employer pour restaurer et potentialiser nos mitochondries.

 

Pouvez-vous préciser quel est le lien entre les anti-oxydants et le vieillissement ? Peut-on lutter efficacement contre ce phénomène ?

Les espèces réactives accélèrent le vieillissement cellulaire. Ainsi, afin de lutter contre ce phénomène biologique, le stress oxydatif doit être limité et la défense antioxydante renforcée. Concrètement, il convient d’adopter un mode de vie sain, en limitant notamment les expositions de l’organisme aux différents polluants (fumée de tabac, ozone, pesticides…), d’adopter une alimentation variée et, dans certains cas, de fournir à l’organisme des antioxydants naturels en complément alimentaire ou sous forme de produit cosmétique. En effet, des données scientifiques récentes ont montré que les antioxydants avaient une fonction anti-âge puisque l’administration d’antioxydants, chez certaines espèces animales, freinait efficacement le processus du vieillissement et augmentait la longévité de l’animal.

 

Est-il possible également de lutter efficacement contre l’obésité ?

Lors de l’organisation de la dernière Conférence Minceur en juin, j’ai été agréablement surpris, en tant que président de la SFA et spécialiste des antioxydants, que la conclusion de ces deux journées était que, pour limiter la prise de poids, il est nécessaire de limiter le stress oxydatif. En effet, ce dernier altère le métabolisme glucido-lipidique, affecte la fonction des adipocytes, active le facteur de transcription NF-kb et active la production de cytokines inflammatoires. La mitochondrie ne brûle plus correctement les sucres et les lipides, qui s’accumulent sous forme de gouttelettes lipidiques et d’acide lactique. Les antioxydants comme l’acide lipoïque, augmentent la sensibilité à l’insuline et renforcent le fonctionnement des mitochondries.

 

Les antioxydants ont des efficacités différentes. Pour quelles raisons ?

Dans certains cas, la prise d’antioxydants peut s’avérer inefficace. Cette variabilité peut s’expliquer par une altération de leur biodisponibilité. En effet, l’absorption intestinale des nutriments dépend de la composition de la flore intestinale. Ainsi, une modification de la flore peut entraîner un défaut d’absorption des antioxydants.

Par ailleurs, il est important d’attirer l’attention sur le fait que beaucoup d’antioxydants, en particulier les molécules hydrosolubles, ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique (barrière « sang-cerveau »). Ce phénomène limite donc leur action sur les maladies neurodégénératives.

La Société Française des Antioxydants accorde une grande importance aux techniques de dosage et de quantification du stress oxydatif. Elle travaille pour valider et standardiser ces techniques tels que le dosage de la superoxyde dismutase ou de la MDA. Ces dosages permettront de suivre l’efficacité des supplémentations en antioxydants. La Société Française des Antioxydants considère que, dans l’avenir, le dosage du stress oxydatif constituera un outil important de la pratique médicale.

 

Existe-t-il un risque pour la santé de consommer des antioxydants ?

Un article du Lancet a récemment mis le feu aux poudres en annonçant que les antioxydants ne protégeaient pas du cancer : il a été avancé que non seulement le sélénium, le zinc et les vitamines A, B et C n’apportaient pas de bénéfices mais en plus raccourcissaient la vie . La SFA a répondu aux journalistes (NDLR : voir Nutriform’Magazine n° 9). Il faut souligner que les effets pro-oxydants (donc toxiques) de certains antioxydants sont largement documentés in vitro (vitamine C, vitamine E) et in vivo (vitamine C). Ils sont complexes et font intervenir aussi bien les propriétés de ces substances que leur métabolisme. La SFA le rappelle dans le cadre de ses activités. Tout comme elle rappelle leurs propriétés modulatrices au niveau de la cellule, souvent observées à de très faibles doses. Or ces propriétés sont loin d’être toujours liées à leur activité antioxydante et ces faibles doses sont précisément compatibles avec des apports de type nutritionnel.

Notre objectif n’est pas de défendre la supplémentation en antioxydants, et nous insistons sur le fait que les antioxydants ne sont pas des aliments magiques qui, pour certains, préviendraient (voire guériraient) le cancer. Ce sont des substances naturellement présentes dans une alimentation équilibrée. Lorsque l’alimentation ne les apporte pas, des risques pathologiques sont accrus, en particulier le risque de certains cancers. On peut dans ce cas consommer des compléments alimentaires permettant de restituer un niveau normalement apporté par une alimentation équilibrée.

Nous avons attiré l’attention des prescripteurs, des médecins, des pharmaciens, des autorités compétentes et des laboratoires qui fabriquent des compléments alimentaires sur le danger du non respect de la dose conseillée et des limites de sécurité, qui au-delà devient « pro-oxydante », mais aussi de la combinaison dangereuse de certains antioxydants avec des oligo-éléments, comme la vitamine C et le fer.

 

Pourquoi accordez-vous une importance particulière aux polyphénols ?

Les polyphénols, encore appelés tanins, sont particulièrement importants car ils sont utilisés dans de nombreux domaines pharmaceutiques, agro-alimentaires, compléments alimentaires et cosmétiques. Par contre, les industriels manquent d’informations pratiques sur leur utilisation efficace car ces molécules sont très sensibles et instables à l’état naturel. De plus, les polyphénols ont bénéficiés de recherche fondamentale et clinique en tant qu’agents protecteurs et préventifs de certaines maladies chroniques tels que le cancer, maladies vasculaires, cataracte. Lors de la Conférence Polyphénols, les polyphénols de Vin, de thé, de pomme, de cacao vont être détaillés par des académiciens et des industriels. Les acides phénoliques tels que l’acide caféique, férolique, galique, la curcumine (deux acides féroliques liés) auront également leur place lors de cette rencontre.

 

Pour les industriels, quels paramètres sont nécessaires pour avoir un bon antioxydant ?

Ces paramètres sont au nombre de trois. Tout d’abord, la nature de l’antioxydant, antioxydant naturel plutôt qu’antioxydant de synthèse, est déterminante pour son efficacité. Ensuite, l’antioxydant doit être biodisponible et la synergie avec d’autres molécules doit être prise en compte. Par exemple, la vitamine E de synthèse n’est pas biodisponible. En ce qui concerne les caroténoïdes, l’intégralité de la famille des caroténoïdes doit être présente pour qu’ils soient actifs. Enfin, l’antioxydant doit être capable de traverser la barrière intestinale (passage du sang vers l’intestin) pour renforcer les défenses cellulaires, ou être capable de traverser la barrière hémato-encéphalique (passage du sang vers le cerveau) pour prévenir le vieillissement cérébral. Sans oublier la traçabilité de l’ingrédient, sa stabilité et finalement le contrôle avant et après la formulation de produits.

A l’heure de la mondialisation, beaucoup de matières premières antioxydantes traversent les frontières. Il faut donc être rigoureux et exiger des analyses et des tests d’activité antioxydante crédibles. A la SFA, nous avons suivi des litiges entre fournisseurs de matières premières peu exigeants. En général, c’est un problème de titrage, de qualité, d’impureté et, plus grave, d’absence de principe actif (extrait de thé vert sans EGCG).

Le manque d’information scientifique des professionnels est également grave. Savez-vous que les polyphénols naturels utilisés en cosmétique ne sont pas stables et qu’il faut les rendre stables par un procédé chimique.

 

Quels sont vos antioxydants favoris ?

Ils sont au nombre de trois : la curcumine, l’acide lipoïque et la SOD like.

 

Pour conclure, la SFA conseille aux consommateurs de faire un bilan de stress oxydatif dans un laboratoire d’analyse médicale pour vérifier si effectivement une carence en antioxydant existe chez le consommateur et si cette carence peut être rectifiée par des antioxydants.

Je suis content que des antioxydants de qualité soient sur le marché actuellement ; les laboratoires ont fait un effort important en terme de matières premières, de formulation et d’études cliniques importantes.

 

* Le Dr Marvin Edeas est professeur d’Université, président de la SFA et Directeur de l’« European Antioxidants Task Force ».